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  • Aujourd’hui, j’ai fait l’avion

    Le principe est simple : maman m’attrape, me soulève, et me met à l’horizontale au-dessus d’elle. Je n’ai été consulté à aucun moment. Mais bon, une fois là-haut, il faut bien assumer.

    Vu d’en haut, le monde est différent. Plus large. On voit le canapé sous un angle inédit, le rideau prend une autre dimension, et surtout je vole — enfin, techniquement quelqu’un me tient, mais dans mon métier on ne s’embarrasse pas de ces détails.

    Sur la photo, j’ai l’air très concentré. C’est normal : je surveillais l’atterrissage. Quand on ne pilote pas soi-même, il faut au moins garder un œil sur les opérations.

    Bilan du vol : durée trois minutes, aucun incident, passager satisfait. On recommencera.

    — V.

  • Ma photo des 3 mois !

    Trois mois. Le petit panneau en bois est là pour le prouver, parce qu’apparemment ma parole ne suffit pas.

    Bilan du trimestre : je souris beaucoup, je fais des bruits qui ne veulent rien dire mais qui déclenchent l’enthousiasme général, et je maîtrise désormais mes bras — enfin, disons que je les vois passer et que parfois je les reconnais.

    Côté tenue, on m’a mis un body « Team Number 1 ». C’est ambitieux pour quelqu’un qui ne se retourne pas encore tout seul, mais je ne conteste pas. Il y a même un petit cheval dessus. Il paraît que c’est une marque de voitures très rapides. Moi, mon véhicule fait zéro kilomètre-heure et il faut me porter pour le déplacer, mais on doit bien commencer quelque part.

    Programme du prochain trimestre : attraper des choses volontairement, me retourner, et continuer à rire aux trompettes de ma sœur.

    — V.

  • Première rigolade

    Presque trois mois. Grande nouvelle : je ris.

    Enfin, je ris pour de vrai. Avant, je faisais des sons un peu au hasard et mes parents disaient « oh il a ri », mais entre nous, non, pas vraiment. Là, si. C’est officiel.

    Le déclencheur, c’est Cassandre. Elle a sorti une petite trompette et elle a fait POUET. Et là, sans prévenir, j’ai éclaté de rire. Un vrai rire de bébé, comme dans les publicités. Elle a refait POUET. J’ai re-ri. On a trouvé notre truc, tous les deux.

    — V.

  • Je tiens bien ma tête

    Annonce officielle : je tiens ma tête.

    Pas très longtemps, pas dans toutes les directions, pas si on me bouscule, et pas si quelqu’un me parle d’un ton trop ferme. Mais je la tiens. Dans des conditions optimales, contrôlées, pour une durée raisonnable. C’est déjà énorme.

    Apparemment, mon grand frère Gabriel a fait exactement la même chose au même âge (voir Gabriel grandit pour les sceptiques). La famille a une tradition, visiblement : tenir sa tête à un mois pile. Je perpétue.

    Le monde, du coup, je suis prêt à l’affronter. Enfin, « affronter » est peut-être un grand mot. Disons que je suis prêt à le regarder un peu plus longtemps avant de m’endormir dessus.

    — V.

  • L’équipe au complet !

    Photo officielle de l’équipe. Effectif au complet, tout le monde est dans le cadre, y compris moi qui ai eu un mal fou à y entrer vu que je ne tiens toujours pas ma tête.

    Petit tour des troupes :

    Arthur, 18 ans, le capitaine. Grand, calme, l’air d’avoir déjà vu passer plusieurs bébés dans cette maison — ce qui est exact. Il me regarde avec la tendresse polie de quelqu’un qui sait que dans peu de temps il sera ailleurs, et que mes nuits agitées ne seront, statistiquement, plus son problème.

    Le blog d’Arthur

    Gabriel, 6 ans, milieu de terrain très enthousiaste. Veut me montrer ses Lego, ses cartes, sa collection de cailloux et son dernier dessin. Tout. En même temps. Je n’ai pas encore les mots pour dire « doucement », mais je sens que je vais les apprendre rapidement.

    Le blog de Gabriel

    Cassandre, 4 ans, l’attaquante. M’a déjà adopté, rebaptisé deux fois, et inscrit d’office dans son club privé. Elle me parle comme à une poupée, sauf que je bouge parfois, ce qui la trouble visiblement.

    Le blog de Cassandre

    Et moi, Virgile, recrue de l’année, 1 mois au compteur. Mon poste : dormir, manger, faire le mignon sur les photos. Pour l’instant, je remplis le contrat.

  • J’ai un mois !

    Un mois aujourd’hui. Bilan : je tiens debout zéro seconde, je parle zéro langue, mais j’ai gagné 1 kilo. On fait avec ce qu’on a.

    Pour marquer l’événement, j’ai tenté un sourire. Enfin, un brouillon de sourire. Une esquisse. Disons que la commission technique hésite encore entre « émotion sincère » et « début de digestion ». Mes parents, eux, ont tranché : ils ont crié, applaudi, sorti trois téléphones. Public facile.

    Le vrai sourire arrivera plus tard. Pour l’instant, je teste le matériel.

    — V.

  • Je suis installé

    À la maison depuis hier. J’ai inspecté le canapé, le plafond, et les narines de papa. Voici mes premières impressions de locataire.

    Le voyage en voiture s’est bien passé. Maman a vérifié seize fois que j’étais bien attaché, papa a roulé à 32 km/h sur le périph’, et moi j’ai dormi parce que franchement je voyais pas où était le drame.

    Première impression de la maison : c’est grand. Beaucoup plus grand que le ventre de maman. Il y a même des coins où on n’est pas obligé d’avoir les genoux dans les oreilles. Très novateur.

    Programme des prochains jours : dormir, manger, faire pleurer mes parents en alternance, et essayer de soulever ma tête de plus de 3 cm. Ambitieux, je sais.

    Bref. Tout va bien. À la semaine prochaine pour la suite des aventures.

    — V.

  • Départ de la maternité

    Premier voyage. On m’avait promis du dépaysement, j’ai surtout vu le plafond de la voiture, mais bon, c’est déjà un début dans la vie de globe-trotteur.

    Visiblement, j’ai tiré le gros lot question placement. À ma droite : mon frère et ma sœur, tassés comme deux chaussettes dans un tiroir trop petit, qui se disputent un demi-centimètre carré d’accoudoir. J’ai même de la place pour étendre les bras, ce qui est, paraît-il, un privilège qui ne durera pas.

    J’ai senti quelques regards en coin. Je n’ai rien dit. La discrétion fait partie de mes nombreuses qualités (avec le sommeil et la digestion bruyante).

    Maman a vérifié dix-sept fois que tout le monde était bien attaché. Papa a démarré avec la solennité d’un commandant de bord. Et nous voilà partis vers la maison — moi en première classe, les autres en charter.

    Bref. Bon début.

    — V.

  • Après la première nuit

    Première nuit dans le monde. J’avais entendu dire que c’était calme, le monde, la nuit. Quel mensonge.

    J’ai testé plusieurs protocoles scientifiques cette nuit. 2h du matin : pleurer un peu pour voir ce qui se passe. Conclusion : quelqu’un arrive. 3h30 : recommencer, pour vérifier la reproductibilité. Quelqu’un arrive encore, légèrement moins enthousiaste. 5h : retenter, par rigueur méthodologique. Là, j’ai senti une certaine lassitude dans l’air. Mais la science, c’est la science.

    Bilan ce matin : maman a les yeux d’un panda en pleine reconversion professionnelle, papa parle tout seul à la machine à café, et moi je suis frais comme un gardon. Il y a clairement un déséquilibre quelque part, mais je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. (Surtout que je ne contrôle pas encore mes doigts.)

    Sur la photo : moi, serein, posé sur les cuisses de maman qui se demande si elle existe encore.

    — V.

  • Je suis arrivé !

    Je suis né à 01:15 le 9 avril 2026. Je mesure 54 cm et je pèse 3,8 kg. Le voyage était long mais le service est correct.